Les Bakolo Miziki

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À Léopoldville, entre les deux guerres et jusqu’à l’indépendance, règnent les studios, Ngoma, Philips, Esengo, Opika et surtout Loningisa, du commerçant grec Papa Dimitriu. Ce sont des centres de rencontre des musiciens. La plupart de ces studios prêtent leurs instruments à de nombreux artistes, certes déjà fort reconnus, mais parfois sans le sous, comme Paul Mwanga (1925), chanteur et guitariste. Ces artistes jouent à la journée, on les appelle, à l’époque, les « nzong nzing » des studios.

On parle de la génération de feu Wendo Kolosoy (1925-2008), dont le statut de « génial pionnier » de la musique congolaise moderne, sera reconnu sur la scène internationale au début des années 90.

À la fin des années 50 les véritables premiers groupes se constituent. L’un de ceux-ci est «l’African Jazz», mené par Grand Kallé, son parolier Tabuley et leur incroyable guitariste soliste Docteur Nico. On fredonne toujours leur succès mondial «Indépendance Chacha», écrit par le maracassiste Roger Izeydi et sorti quatre mois avant le 30 juin 1960. Les deux autres symboles étant « l’OK Jazz », avec Franco et Vicky Longomba, ou encore « Rock Mambo » de Tino Baroza, Jean Mosombo et Maproko.

Entre 1960 et 1964, « l’Afrian Jazz » fait une grande tournée européenne et africaine. C’est au cours de celle-ci, en 1961, que le jeune Manu Dibango, alors pianiste du répertoire jazz, croise le groupe kinois à Bruxelles et demande de pouvoir le suivre, pour l’intégrer, jusqu’en 1963. Maproko l’initiera au style rumba. On dit d’ailleurs que le fameux «Soul Makossa», de la star camerounaise, qui sera réinterprété par Michaël Jackson dans son album «Thriller» (Wanna be starting something), a des racines franchement congolaises!

Au début des années 70, Wendo, Feruzi, Taumani, Kasongo, Lucie Eyenga, Miss Bora, Adu Elenga, Bikunda, Maproko,… c’est-à-dire l’essentiel des musiciens congolais de la première génération intègrent le Théâtre National, à l’initiative de Mobutu. C’est là qu’a commencé le premier regroupement sous le label « Bakolo Miziki »…

Ils sont devenus des artistes-fonctionnaires, le Président aimant écouter et utiliser ces chantres de l’identité nationale ! Ils sortiront ensemble trois albums et feront plusieurs tournées à l’intérieur du pays. Ces artistes étaient à l’époque à la Une des émissions de radio-tv «Bakolo Miziki». Maman Angebi et Maman Kanzaku étaient les animatrices de la Voix du Zaïre.

A la mort de Kallé, au début des années 90, les caisses de l’Etat sont vides. Mathieu Kuka tente de réunir les anciens « d’African Jazz » pour créer le groupe « Afrique Ambiance », tandis que Wendo tente la même chose avec le « Victoria Bakolo Miziki », dont il reste encore Tejos, Bikunda, Buanga et Papa Bikunda.

C’est un peu dans la même veine qu’en 2012, Jean-Claude Mangoubou et sa fondation «KA 2050» relancent des répétitions avec les «papys» encore en forme. Ils ambitionnent de créer une série de supports qui valoriseront ces artistes et leur patrimoine. Ils cherchent des partenaires pour des enregistrements studio, une expo photo, une BD et un documentaire… Mangoubou de préciser: «Il y a beaucoup de matière. Papa Alexander a par exemple 150 titres prêts à être enregistrés !»

Il y a urgence car ces pionniers peuvent, à tout moment, décider de se retirer. En février dernier, Jean Mosombo dit «Vieux Musulman» s’est éteint, lui le leader du groupe « Rock Mambo ». Le 20 mai dernier, c’était au tour du saxophoniste Vieux Maproko, 88 ans, de nous quitter, peu de temps après le mémorable concert du 28 mars à la Halle de la Gombe. Il ne reviendra plus, malgré nos «encore».

Les autres membres des Bakolo Miziki ont, fort heureusement, encore bon pied bon œil ! Ils seront à l’honneur le 14 juillet à la Résidence de l’ambassadeur de France.

Martin van der Belen
Photo : Gédéon Mukendi