La forêt de la Province Orientale : poumon de l’économie « verte » de la RDC

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À l’époque où les conditions économiques étaient favorables, cette province constituait l’un des greniers du pays. Aujourd’hui, la Province Orientale dispose toujours de nombreux atouts propices à son redéveloppement : diversité climatique, qui permet l’exploitation d’une gamme variée de produits agricoles, et diversité des ressources naturelles permettant le développement des secteurs de l’industrie et du transport, tels que les nombreuses rivières, le fleuve et cette immense forêt tropicale.
Cette forêt tropicale couvre environ 155 millions d’hectares du territoire national, ce qui en fait le deuxième pays forestier au monde après le Brésil.
Elle couvre principalement trois provinces : Le Bandundu, l’Equateur et la Province Orientale. Si ce massif forestier est d’une densité généralement assez faible, il abrite néanmoins des essences de très grande qualité (Wengue, Afrormosia, Acajou, Sipo, etc.). À l’opposé, certaines essences que l’on retrouve dans les pays voisins à l’état disséminé sont ici regroupées en peuplements denses, ce qui est exceptionnel (cas du Wengue dans le Bandundu ou de l’Afrormosia en Province Orientale). La nécessité de gérer ce massif a conduit le gouvernement à créer en 2010, 80 concessions forestières aménageables, dont 23 dans la seule Province Orientale. Ces concessions ont été attribuées à des sociétés d’exploitation et de transformation du bois, avec obligation de présenter avant quatre ans, un plan d’aménagement durable pour chacune des concessions. Soutenu par l’Agence Française de Développement, le projet d’appui à la gestion durable des forêts (Agedufor) de la RDC a donc pour objectif de renforcer les compétences des administrations centrales et provinciales du pays en matière d’exploitation des différentes concessions forestières.
L’immensité du Congo et l’éloignement de la Province Orientale freinent la commercialisation des produits forestiers bruts et amènent les industriels à transformer les produits sur place en donnant une valeur ajoutée importante et en créant des emplois. Les concessions ne représentent en Province Orientale que 20% de la surface forestière. Le reste est simplement régi par le code forestier et laissé à la disposition des populations locales, très présentes dans ce massif.

La gestion forestière en Province Orientale
Chaque concessionnaire peut orienter ses objectifs en fonction de ses moyens et du contexte international du bois. Trois options se présentent :
> Retour à l’État (15% des concessions) : le concessionnaire choisit de rendre la concession à l’État car il estime ne pas pouvoir la valoriser correctement.
> La mise en conservation (10% des concessions): ce choix place la concession «en défense» ; toute exploitation y est interdite et priorité est donnée aux opérations de reboisement de substitution (bois de feu) et d’élevage (protection de la faune), l’objectif étant de bénéficier, à terme, de fonds provenant de la REDD+ (Réduction des Emissions de carbone Dues à la Déforestation).
> L’aménagement forestier (75% des concessions): cette option permet une exploitation durable de la ressource forestière de façon très règlementée grâce à la planification de toutes les opérations forestières et à la concertation permanente entre le concessionnaire et la population locale afin d’éviter les conflits. Un plan d’aménagement approuvé par le ministère de l‘Environnement est alors exigible.
Il est évident que c’est le seul moyen de valoriser cette forêt tout en préservant sa pérennité et celle de sa faune, et surtout en y associant les peuples indigènes et autochtones qui y vivent.
Les labels de certification forestière (PEFC, FSC etc.) attestent du respect de ces bonnes pratiques et permettent de mieux commercialiser les produits des concessions. Cet objectif n’est pas encore atteint en RDC, mais le gouvernement et quelques sociétés responsables y travaillent dejà.

Rôle socio-économique de la forêt en Province Orientale
L’agglomération de Kisangani compte plus d’un million d’habitants. Le bois y est utilisé pour la construction, le coffrage, les échafaudages, les meubles… D’autres sous-produits de la forêt comme le charbon de bois, les chenilles, certaines écorces ou plantes entrent dans les recettes de cuisines ou les préparations médicinales. Mais une forêt bien gérée doit d’abord fournir du bois d’œuvre, ce qui est d’autant plus faisable que le fleuve Congo permet le flottage des grumes par radeaux (bois flottables) ou par barges (bois non flottables).
La transformation des bois dans des scieries locales ou des usines de transformation (contreplaqués) est une source d’emplois importante et devrait encore se développer dans cette province sous l’impulsion d’un gouverneur très impliqué. Les sociétés forestières créent des routes et permettent le désenclavement de nombreux territoires. Pour autant, ce progrès ne doit pas s’accompagner d’une destruction de l’environnement (culture sur brûlis) mais bien au contraire par un zonage puis une agriculture raisonnée et responsable.

Perspectives
La lutte contre l’exploitation illégale et le contrôle des origines des produits forestiers entrant dans Kisangani permettra de créer un pôle attractif pour tous les opérateurs qui savent que l’exploitation rationnelle d’une forêt n’est pas incompatible avec la préservation de l’environnement mais la complète. La forêt doit générer des ressources financières et fiscales importantes dans cette province appartenant au pays le plus boisée du monde. Pour cela il est nécessaire de poursuivre l’implantation d’industries de transformation de bois créatrices d’emploi et de promouvoir une agriculture adaptée.

Jean-Michel LAGE