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Impact : Karim Bénard-Dendé, vous êtes actuellement en charge d’Internews en République démocratique du Congo, mais ce n’est pas votre premier séjour à Kinshasa. Depuis quand travaillez-vous sur les questions relatives aux médias congolais ?

Karim Bénard-Dendé : Je suis venu pour la première fois en RDC en tant qu’expert sur des questions de régulation des médias en 2009 puis très régulièrement. J’ai également dirigé pour France Expertise Internationale, aujourd’hui devenu Expertise France, le Programme médias pour la démocratie et la transparence, financé par les coopérations britanniques, suédoises et françaises, de 2012 à 2014.

Internews intervient souvent dans le domaine de la radio : de quoi s’agit-il ?

Depuis 2011, Internews travaille essentiellement avec les radios communautaires dans le cadre du Programme de Développement du Secteur des Médias (PDSM) financé par l’USAID avec, depuis cette année, un apport additionnel de la coopération suisse. L’USAID a fait le choix d’orienter son appui sur des radios fragiles, mais qui ont un rôle essentiel auprès des communautés notamment les plus vulnérables. Elles se montrent plus indépendantes que les médias commerciaux vis-à-vis des hommes politiques, ce qui leur assure, d’après les études dont nous disposons, une plus grande confiance des auditeurs.

Internews intervient sur tous les aspects qui peuvent soutenir le développement des 58 radios partenaires du PDSM, avec en premier lieu, la formation des journalistes et des rédacteurs en chef. Ces formations sont présentielles, mais les formateurs d’Internews vont également dans les radios pour conseiller et former les équipes dans leur travail quotidien. Internews s’assure ainsi que les meilleures méthodes sont adaptées au milieu et mises en pratique par l’ensemble du personnel de ces radios communautaires.

Ensuite, nous appuyons l’utilisation des connaissances dans des productions de meilleure qualité. Les radios peuvent se les communiquer par un système d’échanges de programmes qui vient d’être modernisé et rendu accessible à tous grâce au site : www.radio-congoshare.net. Les radios peuvent notamment télécharger facilement les programmes sur leurs téléphones.

En partenariat avec la Fondation Hirondelle, les radios partenaires bénéficient de formations techniques sur la maintenance des équipements et la gestion des radios, afin qu’elles puissent renforcer leur modèle économique et garantir au mieux l’indépendance de leurs journalistes.

Des équipements de production, des émetteurs et des panneaux solaires ont été fournis aux radios pour qu’elles puissent étendre leur zone de couverture et augmenter le nombre d’heures de diffusion par jour. Les radios partenaires du programme peuvent bénéficier de micro-subventions dans le cadre d’un fond pour les médias (nommé Open Media Fund) pour renforcer leurs activités génératrices de revenu ou produire de nouveaux contenus d’information.

Dans le cadre d’un programme régional d’information sur les problèmes environnementaux, Internews appuie des journalistes dans la production d’articles ou reportages réunis sur le site: www.infocongo.org.

La professionnalisation des journalistes est centrale dans l’amélioration de la qualité des contenus d’information et pour qu’ils puissent vraiment jouer un rôle dans le renforcement de la démocratie en RDC. Comment y répond Internews ?

Internews y répond par des formations pratiques au plus près des conditions d’exercice du métier de journaliste dans les radios communautaires. Bien sûr, nos formateurs se déplacent dans les radios. Cependant, les formations présentielles sont toujours axées sur des travaux pratiques. Dans le cadre d’une extension de deux ans accordée au PDSM par l’USAID pour 2016 et 2017, ces formations seront davantage thématiques, notamment sur les questions relatives aux droits humains et la couverture du processus électoral. En effet, une grande partie des journalistes de nos radios partenaires ont bénéficié de cinq ans de formation en journalisme. Notre fierté est qu’elles aient, à présent, des besoins en formation plus spécifiques.

La qualité du travail des journalistes dépend également de l’environnement socio-politique dans lequel ils évoluent. Internews intervient-il sur ces questions ?

Internews appuie les organisations professionnelles, associations de défense des libertés publiques et le Conseil Supérieur de l’Audio-visuel et de la Communication, institution publique en charge de la régulation des médias, dans leur plaidoyer pour améliorer le cadre juridique et mieux garantir les libertés d’expression et de presse. En ce moment, deux propositions de loi sont à l’agenda des travaux de l’Assemblée Nationale : une nouvelle loi sur l’exercice de la liberté de presse et une loi sur l’accès à l’information publique. Par ailleurs, liberté de presse signifie responsabilité des journalistes.

Nous appuierons également les organisations professionnelles dans leurs initiatives et discussions avec le ministère de la Communication qui a initié un processus de concertation vers une dépénalisation des délits de presse.

Nous fournissons un appui extrêmement important à Journalistes en Danger, la principale organisation de défense et de promotion de la liberté de presse, qui suit l’ensemble des cas d’attaques contre des journalistes sur l’ensemble du territoire et fournit une assistance légale aux journalistes inquiétés pour avoir fait leur métier de manière responsable. Le Collectif 24, une coalition d’associations de journalistes, juristes et défenseurs des droits humains, est appuyé à la fois dans le cadre du plaidoyer pour une loi d’accès à l’information publique mais aussi dans leur plaidoyer pour un exercice responsable de la liberté d’expression sur internet. Enfin, nous travaillons avec l’UCOFEM pour une meilleure prise en compte des problèmes liés aux inégalités hommes-femmes dans le secteur médiatique

Internews travaille également sur les liens entre citoyens, société civile et médias. Pourquoi déborder du cadre strict du renforcement des médias ?

Les médias ont un rôle important dans l’information du public mais aussi en tant qu’espace dans lequel se déroule le débat démocratique sur les décisions des autorités locales ou du gouvernement. C’est pourquoi Internews travaille à l’amélioration des discussions entre autorités, société civile et médias, notamment dans le cadre de « Café de presse », émissions de débat public produites et diffusées par les réseaux provinciaux de radios communautaires.

En outre, des formations en communication, notamment sur les médias sociaux, sont organisées pour des organisations de la société civile, notamment des organisations de femmes. Nous travaillons également avec l’UCOFEM sur une meilleure intégration des femmes dans les entreprises médiatiques, mais aussi de façon plus générale sur l’image sociale des femmes dans les médias et, à partir de cette année, sur les discriminations dont elles sont victimes dans l’exercice de leur droit à participer au débat démocratique, en tant citoyennes engagées dans une association ou femmes politiques.

Propos recueillis par SD

Photo : Gédéon Mukendi