Culture et éducation

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Impact : Vous représentez l’UNESCO en RDC, une organisation qui dépend des Nations Unies. Pourriez-vous nous expliquer le rôle de l’UNESCO dans le monde ?
Abdourahamane Diallo : Depuis sa création en 1945, l’UNESCO joue un rôle important dans la consolidation d’une paix durable et d’un développement équitable, dans un contexte où la communauté internationale doit faire face à de nouveaux défis. Notre organisation, qui fête ses soixante-dix ans cette année, met en œuvre une stratégie à moyen terme couvrant la période 2014-2021. Elle reprend des idées forces défendues depuis sa fondation :

Promouvoir le dialogue interculturel pour mieux vivre ensemble dans notre diversité ;

Comprendre et anticiper ensemble les mutations de l’environnement, par l’éducation, la recherche scientifique, le partage des savoirs ;

Garantir la résilience et la stabilité des sociétés par les tissus éducatifs, scientifiques, culturels et le respect des droits fondamentaux ;

Faire participer chacun au nouvel espace public mondial face à l’émergence de l’économie créative, des sociétés de savoir et à l’essor de l’internet.

L’UNESCO est connue pour sa capacité de réflexion qui la conduit à innover, à élargir les horizons et faire vivre l’espoir d’un nouvel humanisme.

Est-ce que tous les pays-membres de l’ONU sont également membres de l’UNESCO ?
L’organisation compte 195 membres et 10 membres associés, alors que l’ONU en compte actuellement 193. Les États membres de l’ONU peuvent faire partie de droit de l’UNESCO. Les autres Etats peuvent être admis sur recommandation du Conseil exécutif, par la Conférence générale votant à la majorité des deux tiers.

La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles fête son dixième anniversaire. Quel bilan tirez-vous de sa mise en œuvre, en particulier en RDC ?
Nous avons une excellente coopération avec le ministre de la Culture et des arts. La convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, ratifiée en 2010 par la RDC, complète efficacement l’ensemble des instruments normatifs adoptés par les États membres de l’UNESCO.

La RDC s’est engagée à mettre en œuvre cette convention avec l’appui de l’UNESCO. Cette assistance a abouti à l’établissement de la «déclaration de politique culturelle nationale du gouvernement de la République Démocratique du Congo». Nous poursuivons notre coopération afin d’accompagner le gouvernement dans l’élaboration de la «loi portant politique culturelle nationale de la RDC».

Concrètement nous pouvons citer quelques exemples : les villes de Kinshasa et Lubumbashi viennent d’adhérer au Réseau des villes créatives de l’UNESCO, Kinshasa pour la thématique «Musique» et Lubumbashi pour la thématique «Artisanat et arts populaires». L’entrée dans le réseau de Kinshasa et Lubumbashi va dynamiser les capacités créatrices de ces deux villes en les plaçant au cœur de leur plan de développement.

Le secteur de droits d’auteurs est en pleine réflexion. Le souci étant d’actualiser le cadre réglementaire et de promouvoir la bonne gouvernance dans la gestion collective de ces droits.

Le ministère de la culture travaille également sur le statut de l’artiste. L’UNESCO sera naturellement associée à cette réflexion.

Quels sont les nouveaux chantiers de l’UNESCO en matière de patrimoine et de diversité culturelle ?
L’UNESCO souhaite convaincre les décideurs politiques et les acteurs sociaux, nationaux et internationaux, d’intégrer les principes du pluralisme culturel dans l’ensemble des politiques, y compris à travers les partenariats public/privé.

L’Agenda 2030 pour le développement durable, constitue un progrès significatif dans de nombreux domaines et particulièrement pour la culture puisque c’est la première fois qu’il se réfère à la culture dans le cadre des objectifs de développement durable relatifs à l’éducation, la sécurité alimentaire, l’environnement, la croissance économique, la consommation durable, les modes de production, les sociétés pacifiques et inclusives et les villes durables.

Vous êtes en poste à Kinshasa depuis plusieurs années, comment voyez-vous l’évolution de la situation du pays en matière de préservation du patrimoine ?
La RDC a ratifié la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel et la Convention de 2003 concernant la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. L’UNESCO à Kinshasa encourage l’identification, la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel qui a subi d’importants dommages en raison des différents troubles et conflits armés.

Sur le plan du patrimoine culturel, la RDC est le seul pays à avoir cinq sites naturels sur la liste du patrimoine mondial: le Parc national des Virunga, le Parc national de la Garamba, le Parc national de Kahuzi-Biega, le Parc national de la Salonga, la Réserve de faune à okapis. Hélas, ces sites sont également tous sur la liste du patrimoine en danger, à cause de la persistance des conflits armés et de l’exploitation illicite des ressources naturelles, minières et forestières. Il faut également souligner la pression humaine sur les sites due à la grande pauvreté des communautés sur place.

La RDC, par l’intermédiaire de l’Institut Congolais de Conservation de la Nature (ICCN) et ses partenaires, a mis en œuvre des moyens extraordinaires, ces dernières années, pour lutter contre ces menaces. Il faut rendre hommage aux éco-gardes qui se trouvent trop souvent sur la ligne de front. La RDC paie un lourd tribut en vies humaines pour la défense de la conservation; plus d’une dizaine d’éco-gardes ont perdu la vie au courant de l’année 2015.

Il nous faut davantage communiquer sur le Patrimoine naturel afin que les congolais se l’approprient davantage.

En ce qui concerne le patrimoine culturel, matériel et immatériel, un inventaire général doit être effectué. Ce travail est conduit par l’Institut des Musées Nationaux du Congo (IMNC), l’Institut National des Arts (INA) ou l’Académie des Beaux-Arts (ABA). Mais beaucoup reste à faire pour conserver et présenter les collections des musées. Une stratégie nationale est nécessaire.

L’UNESCO accompagne depuis quelques années la RDC dans la mise en œuvre de la convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Cette convention permet d’associer les communautés dans le processus d’inventaire et de la sauvegarde de leur patrimoine. Ce sont les communautés qui décident de ce qu’elles veulent conserver de leurs traditions pour être transmises aux générations futures.

Enfin, la RDC, et la République du Congo souhaitent faire inscrire la rumba au patrimoine immatériel de l’humanité.

Plus spécifiquement, quels sont les principaux enjeux en matière de patrimoine et de culture en RDC ?
C’est la culture qui fait du peuple congolais ce qu’il est, qui bâtit son identité.

Pour un pays qui sort d’une aussi longue série de conflits armés, la culture doit être vue comme un pilier de l’intégration sociale, comme un facteur de développement des entreprises, comme un levier de l’organisation des territoires.

En fait, le plus grand enjeu réside dans l’appropriation de ce patrimoine par les Congolais, surtout la jeunesse. Quand cette appropriation sera effective, la culture sera placée au centre de l’organisation de la société et influencera le développement économique. Le tourisme représente, à cet égard, un enjeu majeur pour la RDC.

Quels sont les domaines d’intervention de l’UNESCO en RDC ?
L’UNESCO est présente en RDC depuis 55 ans et intervient dans tous ses domaines de compétence. Elle s’est mobilisée pour aider à la construction du système éducatif aux premières années de son indépendance. Aujourd’hui cette coopération s’étend aux autres domaines.

Dans le domaine de l’éducation, nous nous occupons, en priorité, de l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et programmes pour le développement des ressources humaines dans l’enseignement primaire, secondaire, technique et professionnel, ainsi que dans l’enseignement supérieur. Nous renforçons les capacités de gestion et de planification de l’éducation. Nous intervenons à travers des projets de formation initiale et continue des enseignants ; l’appui au développement d’un système d’information pour la gestion de l’éducation…

Dans le domaine de la communication et de l’information, l’UNESCO accompagne le gouvernement dans la mise en place d’un cadre juridique propice à la liberté de la presse, et apporte son appui au renforcement des capacités des professionnels des médias. Elle soutient les radios communautaires par l’intégration des TIC dans leur diffusion, programmation et interaction avec les auditeurs.

Dans le domaine des sciences, l’UNESCO accompagne depuis 2008 le pays dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique nationale de recherche scientifique et de développement technologique. Ce chantier gagnerait à être finalisé.

Dans le domaine des Sciences écologiques et de la terre, l’UNESCO coordonne, depuis 1999, les activités de l’École Régionale Post universitaire d’Aménagement et de Gestion Intégrés des Forêts et Territoires Tropicaux (ERAIFT), établissement d’enseignement supérieur et universitaire congolais à vocation régionale, installé sur le campus de l’UNIKIN à Kinshasa. Cette école vient de passer au statut de Centre de catégorie II de l’UNESCO à la 38ème session de la Conférence générale de l’UNESCO en novembre dernier.

Nous entendons poursuivre notre coopération avec la RDC sur cet élan en consolidant le partenariat sous toutes ses formes avec le gouvernement, nos partenaires nationaux, en particulier la Commission nationale pour l’UNESCO, et en optimisant la collaboration avec les partenaires bilatéraux, multilatéraux, et les agences sœurs du système des Nations Unies.

Propos recueillis par CR

Photo : Gédéon Mukendi